Pierre-Alain Chambaz

Peut-être faudrait-il rapprocher leur trouble mental de celui qui a été décrit par Coriat sous le nom de « reduplicative paramnesia » et que Pick lui-même, dans un travail plus récent, a appelé « une nouvelle forme de paramnésie » [9]. Mais au catholicisme, il faut des basiliques et des cathédrales pour étaler l’ignominie de ses idiots peinturlurages, de ses idoles de bazar, de toute la sacrée quincaillerie que des imbéciles appellent son art ; il faut la pénombre des nefs pour dissimuler les cochonneries des confessionnaux ; il faut la brume moisie qui envahit la crypte pour que brillent les menteuses étoiles qui tremblotent à la pointe des cierges. Le moniteur en question, fabriqué par la société Foscam à Shenzhen permet à ses utilisateurs de le faire fonctionner depuis n’importe quel endroit du monde. Non-seulement ils veulent gouverner nos actes, mais ils prétendent altérer jusqu’à l’essence même de nos sentiments. Probablement non. Les choses prennent sans doute cette forme dramatique, à un moment donné et pour un certain temps, dans une humanité déjà avancée sur la route de la civilisation. Tous les écrans vont se remplir, en continu, de ce contenu universel et sanctuaire, populaire et intime à la fois. Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler ce proverbe chinois  » Entre époux on ne doit pas dire la vérité, entre amis on ne doit pas mentir ». Mais nous nous attachions à celle-là, parce que nous avions choisi d’abord, pour éprouver notre méthode, le problème de la liberté. Et dont les fondateurs, imprégnés de l’esprit de la Silicon Valley, ont adopté une approche radicale de l’innovation disruptive, sans autres limites que celles de l’univers connu… Il l’échange (swap) alors pendant une durée limitée contre un actif de moins haute qualité (et un dédommagement). Tout s’éclaire au contraire, si l’on va chercher, par-delà ces manifestations, la vie elle-même. Ce qu’on ne peut lui refuser, c’est de s’emparer fortement de l’imagination. Ne disons donc pas que nos perceptions dépendent simplement des mouvements moléculaires de la masse cérébrale. Ce travail pédagogique doit viser en priorité certaines entreprises, les chercheurs et les juges. Il est vrai que, lorsque nous imposons à ce sentiment un certain nom, lorsque nous le traitons comme une chose, nous croyons pouvoir diminuer sa durée de moitié, par exemple, et de moitié aussi la durée de tout le reste de notre histoire ; ce serait toujours la même exis­tence, semble-t-il, à échelle réduite. À côté de l’intelligence il y a en effet la perception immédiate, par chacun de nous, de sa propre activité et des conditions où elle s’exerce. Au contraire, comme l’a recommandé l’IFA, « la présence des administrateurs salariés doit s’inscrire dans une stratégie globale d’implication des salariés, en lien avec les dispositifs d’intéressement, d’actionnariat salarié et de dialogue social ». Rien qui ne soit entraîné dans ce tourbillon ; la terre même, l’homme, l’intelligence humaine, tout cela ne peut nous offrir rien de fixe à quoi il nous soit possible de nous retenir, tout cela est emporté dans des ondulations plus lentes, mais non moins irrésistibles ; là aussi règne la guerre éternelle et le droit du plus fort. Tous les ouvrages de logique ont copié ses paroles. Les sentiments bienveillants et désintéressés, qui sont propres à la nature humaine, ont dû, sans doute, se manifester à travers un tel régime, et même, à certains égards, sous son impulsion indirecte ; mais, quoique leur essor n’ait pu être ainsi comprimé, leur caractère en a dû recevoir une grave altération, qui probablement ne nous permet pas encore de connaître pleinement leur nature et leur intensité, faute d’un exercice propre et direct. Dans les « histoires sans paroles » que crayonnent les dessinateurs comiques, il y a souvent un objet qui se déplace et des personnes qui en sont solidaires : alors, de scène en scène, le changement de position de l’objet amène mécaniquement des changements de situation de plus en plus graves entre les personnes. Il existe des milliers de personnes pour lesquelles la vie a perdu la plus grande partie de sa valeur ; ces personnes peuvent trouver une véritable consolation dans le dévouement : il faudrait les employer. Le devoir n’est donc plus en ce cas une impulsion irrésistible, mais durable ; il est une obsession sublime. Mais certaines impressions d’autrefois dont nous n’avons conservé qu’un souvenir confus, et qui étaient déjà superficielles et vagues, deviendront peut-être plus nettes et prendront plus de relief si nous les complétons par l’observation que fit sur lui-même un maître de la science psychologique. Et vous pensez qu’il n’y a là qu’une bande de jongleurs, plus ridicules que dangereux. Si les acteurs du marché sont aujourd’hui poussés à détenir des obligations de plus longues maturités, une grande partie d’entre eux n’ont pas l’intention de les garder jusqu’à leur échéance. Sous ce nouvel aspect elle a une valeur médicatrice incontestable ; mais d’abord, pour qu’elle soit vraiment morale, elle doit être consentie, demandée par l’individu même. Il convient de passer d’un esprit de conquête à un esprit de partage, d’avoir l’intelligence de faire appel aux compétences locales – et non pas à l’expatriation de fonctionnaires européens, parfois incompétents.

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