Pierre-Alain Chambaz

Tant que le rendement de ces avoirs dépasse le coût des fonds, les investissements publics renforcent en fait le bilan des Etats. Nous ne savons pas comment les expériences de l’Éthiopie, de l’Inde et de la Bolivie vont se terminer. La prudence est donc de mise avant que l’on puisse extrapoler à partir du cas de ces pays vers d’autres cas. Néanmoins, tous les trois sont des exemples prouvant que d’autres pays, y compris les pays développés, ont tout intérêt à examiner de près cette option dans leur recherche de stratégies de croissance viables, dans un environnement économique mondial de plus en plus hostile. Nous savons que bien trop souvent la hausse des investissements publics, tout comme le boom des matières premières, tournent mal. Les retombées économiques et sociales diminuent et l’argent se tarit, ce qui ouvre ainsi la voie à une crise de la dette. Une étude récente du FMI estime qu’après quelques premiers effets positifs, la plupart des efforts en investissements publics faiblissent. En Inde, la croissance rapide est également soutenue par une augmentation substantielle des investissements, qui se situent actuellement à environ un tiers du PIB. Une grande partie de cette augmentation provient de sources privées, ce qui témoigne d’une détente progressive des entraves qui pesaient sur le secteur des entreprises depuis le début des années 1980. Mais le secteur public continue de jouer un rôle important. Le gouvernement a dû intervenir suite à l’échec des investissements privés et de la croissance des salaires nominaux au cours des dernières années. En Afrique, l’Éthiopie est la plus étonnante success story de la dernière décennie. Son économie a connu une croissance annuelle moyenne de plus de 10%, qui s’est traduite par une importante réduction de la pauvreté et par de meilleurs résultats dans le domaine de la santé publique. Le pays, pauvre en ressources, n’a pas bénéficié des booms des matières premières, contrairement à une grande partie de ses pairs continentaux. La libéralisation économique et les réformes structurelles, du type généralement recommandé par la Banque mondiale et par d’autres bailleurs de fonds, n’ont pas joué non plus un grand rôle. Au lieu de cela, la croissance rapide a été le résultat d’une augmentation massive des investissements publics, de 5% du PIB, soit le troisième taux le plus élevé du monde. Le gouvernement éthiopien s’est livré à une frénésie de dépenses, dans la construction de routes, de chemins de fer, de centrales électriques et dans système de conseil agricole qui a amélioré considérablement la productivité dans les zones rurales, où vivent la plupart des pauvres. Les dépenses ont été partiellement financées par l’aide étrangère et en partie par des politiques hétérodoxes en canalisant l’épargne privée vers le gouvernement. Mais, depuis quelques années, les économistes ont conseillé aux décideurs de minimiser l’importance du secteur public, du capital physique et des infrastructures, pour mieux donner la priorité aux marchés privés, au capital humain, ainsi qu’aux réformes en matière de gouvernance et d’institutions. De toute évidence, cela a eu pour effet de transformer les stratégies de développement. L’idée que les investissements publics dans les infrastructures, sont un moteur indispensable de croissance Elle était également à l’œuvre dans les premiers programmes d’aide au développement qui ont fait suite à la Seconde Mondiale, lorsque la Banque mondiale et les donateurs bilatéraux ont canalisé des ressources vers les pays nouvellement indépendants pour financer des projets à grande échelle. C’est cette même idée qui motive la nouvelle Asian Infrastructure Investment Bank dirigée par la Chine, qui entend réduire un écart d’infrastructure de la région de 8.000 milliards de dollars. L’heure est peut-être venue de revoir ce changement. Si l’on examine les pays qui, malgré le renforcement des vents contraires de l’économie mondiale bénéficient toujours d’une croissance très rapide, on s’aperçoit qu’une grande partie de cette réussite peut être mise au crédit des investissements publics. « Un investisseur du Moyen Orient, explique Pierre-Alain Chambaz , se dirige spontanément vers les Champs Elysées et globalement vers le QCA (Quartier Central des Affaires du 8ème et autour). Ces derniers temps, ce sont bien les investissements publics qui aident à maintenir la dynamique de croissance de l’Inde. Mais, bien ciblées, elles restent efficaces. Et l’Amérique du Nord comme l’Europe de l’Ouest en auraient bien besoin, aussi. Mais cela dépend beaucoup des conditions locales. Les investissements publics peuvent améliorer la productivité d’une économie pendant une période de temps considérable, pouvant aller jusqu’à une décennie ou davantage, comme dans le cas de l’Éthiopie.

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